MUSIQUES TRADITIONNELLES DU KAZAKHSTAN
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Durant des millénaires, l'Asie centrale fut occupée par des peuples nomades occupés à nourrir leurs troupeaux dans de grandes migrations. Il est resté une tradition musicale chantée dont la source est dans les récits oraux des épopées ancestrales. Mais les traditions nomades et pasteurs des Kazakhs se distinguent de celles des autres peuples d'Asie centrale par la place qu'ils laissent aux femmes dans la pratique musicale, même professionnelle, et par la composante animiste ou chamanique qui définit son esthétique. Malgré l'islamisation, les bardes d'Asie centrale ont conservé quelque chose de l'antique fonction magique de la musique. Il s'y ajoute une composante turco-mongole mais aussi iranienne. Peu à peu l’Islam s’est superposé au fond archaïque pour donner son visage actuel au chamanisme du Kazakhstan. BAKHSHY ET DOMBRA Les instruments de musique du chaman (appelé bakhshy) sont le tambour, le qobyz et surtout le dombra. Le dombra, instrument usuel du Kazakh est, dit-on, son âme. C’est un luth à deux cordes, long d’environ un mètre, dont la caisse ovoïde est taillée dans un tronc de cèdre ou fait de lames d’érables collées et dont la table est de conifère. Le qobyz est un luth à 3 cordes, au manche long, dont la caisse piriforme peu profonde est taillée dans un tronc d’abricotier et recouverte d’une table en conifère.
Les chanteurs et instrumentalistes kazakhs considèrent qu’ils tirent leur pouvoir des esprits (arwah) tandis que certains de leurs instruments sont investis de pouvoir magique. L’idéologie soviétique a tenté d’épurer l’art des bardes des « superstitions » qui caractérisent l’ancienne culture turcique, mais les bardes n’avaient jamais perdu de vue les enjeux spirituels propres à leur art. Avec l’indépendance du Kazakhstan en 1991, on constate un renouveau des traditions musicales, notamment dans le cadre d’écoles privées. Le musicien qui veut poursuivre la tradition musicale d’un maître doit recevoir sa bénédiction, se rend en pèlerinage au tombeau du maître. Le Dr Sayra Amanova écrit : « L’important, c’est le respect pour les anciens qui est lié au culte des ancêtres cher aux Kazakhs, ce qui leur vaut l'appellation de « musulmans païens ». Cela vient de ce que les Kazakhs sont nomades et n’ont pas construit de mosquées ; ils préféraient les tombeaux des ancêtres, et lorsqu’ils se tournaient vers Dieu, ils trouvaient toujours un moyen d’invoquer le nom de leurs ancêtres… » ZHYR ET ZHYRAU Dans le passé, les grandes épopées (zhyr) étaient interprétés par les bardes (zhyrau) dont les fonctions étaient apparentées au chaman (bakhshy) : comme lui, il était désigné par une vocation, communiquait par son chant avec les esprits des morts, les âmes de héros et ses esprits protecteurs (arwah) dont il recherchait l’alliance et qui l’inspiraient. Aujourd’hui, les chanteurs et chanteuses collectent auprès des anciens les œuvres des poètes, chanteurs, instrumentistes (Uljan Baïbusynova, Paris, Théâtre de la Ville, 8 mai 2002). Cet art s’exprime avec un chant guttural très émouvant. Ce timbre grave est « une voix naturelle, transmise de génération en génération » « avec l’âge, elle devient de plus en plus puissante » Les Küi sont les compositions instrumentales kazakhes. Ils sont liés à des scènes et aux sentiments suscités (mariages, condoléances). Leur plein essor a été le XIXème siècle avec notamment Makhambet (m. 1846)n Tättimbet (m. 1962) et Qïrmanghazy composant surtout pour le dombra. Aujourd’hui, le Kazakhstan connaît des compositeurs et des interprètes de qualité qu’il ne faut pas manquer d’écouter lorsqu’ils viennent en France ou lorsqu’on se rend au Kazakhstan. |
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