Histoire

       On ne peut écrire l’histoire du Kazakhstan sans écrire celle de l’ensemble de la région Asie centrale. En effet, les frontières actuelles du Kazakhstan sont les premières qui ont été établies : elles le doivent à Staline et au régime soviétique qui les ont tracées en 1925, soi disant selon des critères ethniques, mais en fait de façon artificielle. L'Asie centrale a été une des grandes terres de civilisations qui ont donné le jour à des religions tel le mazdéisme (Mithra), le zoroastrisme (Zarathoustra), le manichéisme (Cathares), à des génies de la science et des arts tel Ibn Sina, notre Avicenne, à Al Biruni (physicien), à Ulug Beg, le premier astronome des temps modernes. Des conquérants tels Gengis Khan, Tamerlan, Babur y sont nés. La région a été de tous temps un lieu d’échange, de communication, de commerce entre l’orient et l’occident. Elle est traversée par la route désignée « de la soie » à la fin du XIXème siècle. Lorsqu’au XVIème siècle, il est devenu évident que les échanges par mer apporteraient plus de sécurité et seraient d’un moindre coût, l’importance de la route de la soie et en même temps de la région entra en déclin jusqu’à l’époque contemporaine.

 Le territoire du Kazakhstan a été occupé dès l’âge de pierre, au 5ème millénaire, par des tribus indoeuropéennes, les Aryens, qui prirent ensuite le nom de Scythes, de Saces. Leurs œuvres d’art nous sont parvenues (L’art des steppes), miraculeusement préservées dans des tombes, des kourganes. Ces peuples se consacraient à l’élevage, en particulier du cheval, mais aussi du chameau et de la chèvre. Ils commencèrent à cultiver la terre, puis en perdirent l'usage.

 En 334, Alexandre le Macédonien conquit l’Asie centrale, apportant avec lui la civilisation grecque (civilisation gréco-bactriane), il développa les échanges avec l’empire macédonien, atteignit l’Inde et mourut en Iran. Son souvenir est demeuré jusqu’à aujourd’hui chez les peuples soumis.

 Au 3ème siècle (av JC), des nomades turcophones, venant de la taïga sibérienne et même de la toundra, occupèrent l'Altaï, puis les steppes proches du lac Balkhach, pratiquant l’élevage et malheureusement aussi beaucoup le pillage des sédentaires. Ces derniers se réfugièrent et s’installèrent alors essentiellement au sud, plus irrigué. Les armées des nomades étaient pourvues d’une importante cavalerie, les soldats étaient disciplinés et bien équipés. Les « amazones », femmes-soldats, seraient issues de cette civilisation. Des échanges commerciaux avaient lieu. Les nomades vendaient des fourrures, des chevaux, des moutons, et achetaient des objets, des soieries, du thé, du vin. L’habitat de prédilection était la yourte, sorte de tente habitation circulaire en feutre. Elle est demeurée jusqu'à l'époque contemporaine.

 Vers 200 av JC, des hordes venant de l’Altaï, les Hiong-Nou (Huns) qui vraisemblablement seraient des Protos-Turks firent refluer les Indoeuropéens dans les montagnes et vers l’occident. Eux-mêmes furent refoulés par les Chinois en 129 av JC.

 L’Asie centrale connut les invasions des Sassanides, des Hephthalites, puis des Turks venant de l’Altaï (türk = fort) dans les premiers siècles de notre ère. Le terme Turc doit être compris davantage comme une organisation politique que comme une entité ethnique ou tribale.  En 650, les Chinois T’ang, première puissance au monde à l’époque, devinrent maîtres de la région. Mais les arabes, dans leur expansion à l’est de l’Arabie, envahirent la région. Vers 705, ils atteignirent les rives de l’Indus et s’apprêtèrent à conquérir la Chine. L’armée chinoise fut écrasée dans un combat mémorable à Talas en 751. Dans les steppes, en l’an 1000, les ethnies nomades qui avaient embrassé le christianisme se convertirent en masse à l’islam, de façon collective à l’instar de Clovis et les Francs avec le christianisme. L’Asie centrale allait devenir musulmane.

 Dans les oasis d’Asie centrale, ensemble qui fut appelée la Sogdiane, se développa une civilisation qui atteignit son apogée  au VIIIème siècle. La langue appartenait au groupe des langues iraniennes. L’irrigation était développée, y compris par des conduites souterraines, ce qui permettait parfois 2 récoltes par an : céréales, vigne, chanvre, lin, riz, millet. Le cotonnier s’y développa ainsi que le mûrier pour l’élevage du ver à soie. On extrayait des pierres précieuses, de l’or, du naphte. La population était nombreuse dans les villes, mais il n’y avait pas d’état centralisé. La noblesse représentait 15 % de la population et connaissait un grand raffinement.

 Aux alentours de l’an 1000, toutes les steppes de la Mongolie à la mer Noire étaient turquisées. Il s’y développa une haute culture avec en particulier une culture populaire dans les steppes. Le premier poète turcophone fut Ahmed Yasavi né à Yasavi (Turkestan), mystique adepte du soufisme. Il écrivit une œuvre abondante d’inspiration populaire. Tamerlan fit élever sur sa tombe un magnifique monument. Les Turcs étaient musulmans, mais mal islamisés. La femme jouissait d’une liberté enviable, non voilée, et de fait égal bien souvent égale de l’homme.

                                 La civilisation de l’islam classique

Une des plus grandes civilisations du monde est née à partir d’une religion monothéiste, avec des influences grecques et iraniennes et s’est étendue de l’Asie centrale à l’Espagne. La science arabe a puisé dans tous les textes de l’antiquité et s’est développée : astronomes, mathématiciens, géographes, physiciens (Al Biruni), philosophes (Al Farabi), religieux (sunnisme), médecins (Ibn Sina), écrivains, peintres, sculpteurs, architectes (mausolée des Samanides à Boukhara, 2ème mausolée du monde musulman, Samarkand, Boukhara, madrasas),.

 En 1200, le mongol Temüdjin, proclamé « Tchinggis Kaghan » (Gengis Khan), unifia la Mongolie, envahit le nord de la Chine, puis alla jusqu’à Pékin. Ensuite il se rua vers l’ouest et prit Boukhara en 1220 pour ensuite atteindre l'Indus. Durant un siècle ses successeurs poursuivirent les guerres, en tant que promoteurs de la paix universelle, jusqu’en Hongrie et en Allemagne. Après d’énormes massacres, ce fut la constitution d’une administration, le développement d’échanges, d’équipements remarquables dans un climat de tolérance religieuse. Le khanat de Djagantaï fut constitué à partir de 1300. Il s’étendait de l’Irtych au Syr Daria au nord et à l’Indus au sud. En 1370 Timur Leng (Tamerlan) se fit proclamer émir. Il choisit pour capitale Samarkand, étendit sa domination de l’Inde à l'Anatolie, et mourut à Otrar en 1400 en partant conquérir la Chine. Il demeura un empire : celui des Timourides, vaste comme celui des Djagataïdes. Le petit fils de Tamerlan, Ulu Beg, gouverna Samarkand durant 40 années. Savant, poète, musicien, il devint un grand astronome, mais périt assassiné par son propre fils. Un des petits fils de Gengis Khan, Chaïban était à la tête de tribus nommées Uzbek, au nord du Kazakhstan actuel. Certaines tribus firent sécession, on les nomma : « fugitifs », « kazakhs », dont les Russes feront « cosaques », terme qu’ils appliqueront à leurs propres dissidents. Les Kazakhs se groupèrent en 4 fédérations tribales : la Grande Horde, la moyenne Horde, la petite Horde et la Horde de Bûkey. Un descendant des Timourides : Babur, chassé de Samarkand conquit Kaboul, puis Delhi au début de XVIème siècle et créa l’empire des Grands Moghols, l’empire des Indes.

                                             La renaissance timouride

L’Asie centrale du XVème siècle est un continent où coexistent de nombreuses langues, une société variée donne des fêtes splendides ouvertes à tous, dans des jardins, avec de la musique. Les femmes jouissent  d’une indépendance totale. Le chamanisme s’associe à la religion musulmane, les autres religions co-existent : juifs, chrétiens, bouddhistes. L’essor scientifique et littéraire (Babur) est considérable. Le persan reste langue de culture. La calligraphie associée à la peinture (Behzad) et l’art des miniatures sont très développés. L’architecture produit les merveilles que l’on peut encore contempler à Turkestan, Samarkand et Boukhara, mais il en reste si peu par rapport à ce qui fut réalisé.

 En 1616, sous la pression des Mongols orientaux,  un groupe ethnique, les Kalmouks, émigrèrent vers l’ouest jusqu’à la Volga, à travers les tribus kazakhes. Une partie revint en 1771 qui se fit attaquer au retour par les Kazakhs et bien peu de ces Kalmouks survécurent. Vers 1730, pour se protéger des attaques des Dzoungars à l'est et des Kalmouks de la Volga à l’ouest, les Kazakhs demandèrent la protection de la Russie qui avait déjà établi des places fortes à Semey et Oust Kamenogorsk. La conquête russe de l’ensemble du Turkestan occidental se poursuivit jusqu’en 1880, notamment après la fin de la guerre de Crimée. Alors commença une émigration de paysans russes pauvres, mais libérés du servage (2 millions) pour occuper les terres des éleveurs kazakhs.

 En 1916, pour éviter la mobilisation, des milliers de Kazakhs s’enfuirent en Chine avec leurs troupeaux.

 La révolution de 1917 fut saluée avec espoir par les musulmans de Russie. En novembre, le Conseil des peuples musulmans proclama l’autonomie du Turkestan. En mai 18, tout le pays passa à la contre révolution mais les Blancs furent aussi féroces que les Rouges et il fallut céder, même si la résistance se prolongea jusqu’en 1930 (Basmatchi). Les Républiques Socialistes Soviétiques furent créées et délimitées en 1925, de façon artificielle. L’Asie centrale soviétique connut un grand essor culturel et économique. Mais la sédentarisation forcée eut lieu en 1930 ; un million de Kazakhs émigra en Chine, en Afghanistan et même en Sibérie.1 700 000 kazakhs, demeurés sur place, périrent de famine avec l’écroulement de l’élevage. De grands camps de concentration (goulags) furent créés au Kazakhstan, y compris un camp de femmes. La colonisation russe se poursuivit et, en 1939, l’égalité des 2 communautés était atteinte. En 1970, les Kazakhs, minoritaires, habitaient la campagne, les Russes les villes et les sites industriels. Le régime stalinien déporta au Kazakhstan dès le début de l’invasion allemande en 1941 les populations dont il se méfiait (Allemands et Kalmouks de la Volga, Tchétchènes, Tatars de Crimée, Coréens) ou bien qu’il accusait d’avoir collaboré avec l’ennemi (Tatars de Crimée, Ukrainiens). Des centaines de milliers de Russes, chassés par les nazis, y trouvèrent également refuge, apportant avec eux de nombreuses industries si bien que la population augmenta d’un quart. Depuis, les descendants des Allemands de la Volga, arrivés sous Catherine II au XVIIIème siècle, retournent en Allemagne, tandis que de nombreux Russes regagnent la Russie. Par contre, des Kazakhs venant de Russie, de Chine, de Mongolie, se réimplantent au Kazakhstan.

    En 1986, lorsque Gorbatchev voulut nommer à la direction du pays un dirigeant d’ethnie russe parfaitement inconnu de la population, il y eut un soulèvement à Almaty qui fut réprimé. Il y eut un mort.

                                        Indépendance du Kazakhstan

A la suite de l’écroulement de l’URSS, le Kazakhstan a acquis sa souveraineté en 1990, est devenu indépendant en1991, avec interdiction des essais nucléaires que les Soviétiques pratiquaient sur son territoire. Les Russes avaient expérimenté 500 bombes nucléaires depuis 1949 à l’air libre ou souterraines dans le nord du Kazakhstan. Les retombées radioactives furent importantes particulièrement lors d’un essai de forte puissance en 1956, avec d’importantes conséquences sur la santé. En 1990, un mouvement créé par le poète Olzhas Suleimenov (Nevada-Semey) avait organisé de grandes manifestations.