IMPRESSIONS DE VOYAGE

AU KAZAKHSTAN

                             Jacques.Mongnet

                                                                                                                     

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 Manifestants contre les essais nucléaires (1990)

Id. Villages de yourtes dans la steppe

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 Moutons dans la montagne

 Chameau de Bactriane

 Toast

                                                                                                                     

 J’aimais déjà l’orient quand j’étais un petit enfant. Etait-ce l’influence de la religion qui m'apprenait que des « Rois Mages », couverts d’habits prestigieux et porteurs de cadeaux précieux, étaient venus honorer la naissance du fils de Dieu depuis les lointaines régions mystérieuses où naît le soleil, ou bien mon esprit était-il empreint des fabuleuses histoires des contes des « Mille et une nuits » ? La visite des monuments de Samarkand et de Boukhara, bien des années plus tard, devait révéler très concrètement la réalité des beautés de l’orient, celles de l’Asie centrale, preuve de l'existence dans ces régions d’une des plus extraordinaires civilisations développée par l’humanité.

 Gestionnaire de la branche française de l’association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire, je venais de participer en 1990 à une mission d’étude sur l’atoll de Mururoa où les militaires français testaient des armes nucléaires. J’avais en mémoire les lagons bleus et les cocotiers agitant leurs palmes au souffle des vents chauds, lorsque je débarquais à Almaty au Kazakhstan en mai 1990, grande ville moderne bâtie au pied des montagnes, mais que l’on ne voit jamais dans son ensemble tant les arbres étalent leurs rideaux de verdure le long de chaque rue. Après les assemblées officielles, on pouvait découvrir la population avec ses visages variés dans les défilés de protestation contre les essais nucléaires qu’avait organisés le poète Olzhas Suleimenov.

    Les manifestations qui eurent lieu ensuite, à la périphérie du polygone de Semey (Semiplatinsk), dans les steppes aux douces ondulations de Karäul, ont été l’occasion de découvrir ce dont j’avais rêvé, si on veut bien accepter d’oublier les raisons de ces rencontres. Après un parcours accompli au moyen de cent autocars, on parvenait à un immense rassemblement de yourtes, soulignés d’appels à la fermeture du polygone, couvertes de tissus brodés et variés, groupées par villages et par fermes, avec des décorations qui en marquaient l’entrée devant lesquelles les familles d’accueil se préparaient. Des iris bleus parsemaient la prairie, semblables à ceux de mon jardin en France. Devant chaque yourte, nos hôtes nous attendaient le soir venu. Les voûtes de feutre  constituèrent les écrins de nos propos d'amitié jusque tard dans la nuit. Je compris alors que les rois mages de mon enfance étaient bien là, en chacune de ces yourtes et que désormais nous allions partager un peu le chemin.

         C’est à la demande de nos collègues spécialistes de Semey que le Prof. Christian Chenal et moi-même avons mis en oeuvre en 1992 un programme de recherche franco-kazakhstanais sur les conséquences de la radioactivité résiduelle aux essais nucléaires. Nous avons travaillé en France et au Kazakhstan de nombreuses années sur le sujet : visites des lieux contaminés, multiples réunions de travail, comptes-rendus, etc. Il manquait cependant, à ces recherches et à ces mesures, un peu de chaleur. Nous l’avons trouvé, ce « supplément d’âme », lorsque sur les plages de France, nous avons pu organiser par trois fois la venue de petits Kazakhstanais avec leurs professeurs de français, pour le partage de jeux et de promenades avec de jeunes français. Et comme pour tout savoir, il faut le faire savoir, nous avons créé et développé une association, regroupé des structures en liaison avec le Kazakhstan.

 Une partie de chasse

 L’amitié avec un Kazakhstanais peut revêtir parfois des aspects imprévus et je désire mettre en garde un éventuel lecteur français. Un « ami » m’a invité un jour à une partie de chasse, chacun ignorant la langue de l’autre. Je pensais qu’il s’agissait, une fin d’après-midi, d’aller tirer le lapin au fond du jardin. Bien mal m’en a pris et je songe depuis au proverbe : « débarrassez moi de mes amis, de mes ennemis je m’en charge ». J’ai retrouvé mes amis français  deux jours après au petit matin, ils ignoraient, tout comme moi que j’allais accomplir 4 heures d’autoroute, dormir chez ses amis (charmants comme lui), partir avec toute une bande en 4X4 et atteindre 4 heures après, sans utiliser d’autre chemin que des sentiers de chèvres qu’il fallait parfois dégager des rochers, un sommet et une yourte de bergers. Repas pris couché selon la tradition, morceaux de gras tremblotants d’un blanc immaculé, blocs de mouton à déguster sans faille, et si bien parfumés au combustible utilisé : un morceau de bouse. Après, séance sportive, équivalent au « soulever des charrettes » décrit dan« Madame Bovary » de Flaubert, histoire de faire la digestion si les verres de vodka n’avaient pas réussis et faillis à leur tâche : tir au fusil avec fort recul en évitant de prévenir bien sûr, parcours à dos d'âne, parcours à cheval, tous animaux que j’ai toujours regardés de loin et avec la plus grande prudence (« ne passe jamais à moins de 10 mètres de l’arrière train » avait prévenu mon père). Ce n'était qu’un hors d’œuvre. Les véhicules repartis, je demandai en vain à revenir, mais nouveau repas, et coucher à 10 sous la yourte. Tassé entre ces costauds, je crus mille fois périr étouffé, surtout lorsque je découvris que l’eau mise de côté pour la nuit dans ma bouteille avait été remplacée par de la vodka. Chasse le lendemain, je restai au camp et ne pus regagner Almaty que dans la nuit, non sans nous être arrêtés dans le village où j’ai été honoré et coiffé du chapeau traditionnel pris dans la chambre de nos hôtes, non sans avoir goûté les délices d’un bain obligatoire dans une source chaude de la plaine, et après avoir de multiples fois refusé de manger davantage. Je n’ai jamais su où j’étais allé, mais, ami lecteur, si dans un repas quelqu’un, d’une air entendu, mime : « trop de vodka, trop de mouton, je dois prendre la parole demain dans une réunion internationale », vous pouvez être sûr qu’il s’agit de mon « ami » qui en rit encore. Il comprenait donc le français ? Ah ces Kazakhs !

 Au Sud

 Après Semey, Karaganda et Almaty, le sud ne devait pas rester ignoré, nous l’avons visité en 2002 et 2003. Le mausolée de Ahmed Yasavi à Turkestan justifie à lui seul le voyage. Les élèves, ce jour de rentrée scolaire, aux habits noirs impeccables, les filles aux nœuds de dentelles blanches, se rendent au monument situé à l’écart de la ville. Grand et majestueux, surmonté de plusieurs coupoles de faïences bleues, aux volutes régulières, les murs et les porches réhaussés de motifs de couleurs diverses et d’écritures arabes stylisées, il se dresse sur la plaine où paissent des chameaux. La nuit, l'ensemble est éclairé et vous pouvez bénéficier de la douceur du soir en regardant l’édifice que complètent d’autres bâtiments et une enceinte. Des groupes passent, frôlent les murs suivant un rite religieux, discutent, prient.

 L’assèchement de la mer d’Aral est un problème écologique majeur qui intéresse beaucoup les Français. Ils ont vu des reportages à la télévision. Nous leur en exposons les données dans nos conférences. On pourrait nous reprocher de trop parler des essais nucléaires ainsi que de l'assèchement de la mer d’Aral au détriment du développement du Kazakhstan en général. Mais ces problèmes sont un moyen, une porte d’entrée, pour aborder la situation générale du pays tout entier.

 De Tastoubek, autrefois village de pêcheur, aujourd’hui isolé dans les sables, il y a deux chemins : de l’un, vous descendez par une pente raide jusqu’au lit de la mer et très loin vous parvenez aux bateaux ensablés qui n’attendent plus rien sinon que d’être découpés par les enfants de ceux qui les ont construits. Ils paraissent ridicules, lourds, patauds. On a envie de leur dire : mais que faites vous ici, là où des plantes avides de sel colorent de rouge, de mauve, de rose les herbes rases de la prairie ? Ils sont les reproches constants de l’imprévision ou du dédain. Par l’autre chemin, vous parvenez, par une descente similaire, à l’ancien lit de la mer. C’est le soir, un troupeau paît. Ce sont des chameaux de la belle espèce de Bactriane. Plus loin, nous accédons à la mer, y trempons la main, nous nous  asseyons sur des pierres. Le soleil est près de l'horizon, ses rayons peinent à traverser les nuages et toutes les couleurs font place au sombre, au noir, la mer d’Aral se meurt.

 Visite à Tasaryk

 Qui peut connaître Tazaryk ? Situé tout au sud, jadis près des rives d’Aral, aujourd’hui dans une plaine semi désertique, cinq cent âmes vivent sous un  soleil brûlant ou avec un froid cruel. Un puits artésien écoule une eau rare et peu saine. Maisons dispersées, au toit ondulé ou en joncs, murs de roseaux et de terre blanchis. Ecole, bibliothèque, dispensaire, salle des fêtes. Tout est impeccablement propre. Nous sommes arrivés en avance. Pas une âme. Au loin, une boule de coton s’agite au milieu du vaste espace, dans la lumière éblouissante et brûlante de midi, se rapproche, puis la boule surmonte deux petites branches. Il s’agit d’une fillette, avec un nœud blanc dans les cheveux, qui ne sourcille pas devant ces personnes étrangères et repart en courant prévenir l’instituteur. Dans la classe, les enfants sont assis les bras croisés, impeccables et attentifs, ils écoutent puis s’animent à la distribution de friandises ; dans la salle de la mairie ont lieu les présentations. Des hommes d’âge mur s’expriment après le maire, nous remercient de nos efforts pour leur procurer de l’eau potable en utilisant de l'énergie solaire (effort vain pour le moment). Rassemblement au puits, parmi les chèvres ; un fin filet d'eau coule. Une fillette, en robe rouge, joliment parée d’un collier, vient chercher de l’eau, fière comme un personnage de la Bible. Devant l’objectif de ma caméra, des garçons l’accompagnent et s'activent pour l’aider. Des paysans vident un tombereau de roseaux qui seront l’alimentation du bétail cet hiver. De loin, ils me saluent. Je rode entre les maisons, de jeunes femmes s’enfuient, puis, avides de savoir, reviennent, un nourrisson dans les bras et sourient au photographe. Salle des fêtes, le groupe de garçons qui m’accompagne depuis le début saute et danse, acteurs, puis spectateurs.

    Repas chez l’instituteur : musique et chants kazakhs, la fillette chante admirablement, sans accompagnement. Au moment du départ, les cuisinières, à peine entrevues jusqu’ici, sont là et nous saluent. Sur la route du retour à Kazalinsk, nous empruntons un passage à travers l’ensemble de marais qui constitue le delta du Syr Daria. Des pêcheurs. Un gros poisson qui attendait la caméra s’accroche avidement à l’hameçon, au milieu de cris de joie.  Ultime vodka chez le maire, accompagné de toute sa famille. Les fleuves de boue de l’hiver qui forment la route sont l’été comme les vagues d’un glacier. En France, dans les fêtes foraines, les manèges dont le parcours ondule et sinue portent le nom de « les montagnes russes ». Désormais, on les appellera les montagnes kazakhes. Pour le moment, dans la jeep russe, la nostalgie est là.

 A Aïteke bi (NéoKazalinsk)

Nous avions émis le souhait d’entendre une chanteuse. Nous avons eu en fait un véritable concert avec quatre chanteuses et  musiciens au Centre culturel, chants dédiés à l’Association d’amitié France-Kazakhstan.


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